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|  La chute du chêne |  Le Chêne de Saint-Telo | Histoire de la Paroisse de Landeleau | 

La chute du chêne
Le chêne de saint Thelo, station de la Troménie, est tombé le 30 octobre 2006 dans l'après-midi.

L'arbre tricentenaire, classé arbre remarquable en 2003, était atteint par le polypore géant. Ce champignon s'attaque aux racines et provoque le basculement de l'arbre.

Aucun traitement n'est possible. L'arbre déraciné va rester sur place, ce qui permettra aux fidèles, selon la tradition, de prélever des bouts de l'écorce à la prochaine Troménie
 
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Le Chêne de Saint-Telo
L'arbre le plus cher aux Landeleausiens, conférence de Joël Hascoët.

Joël Hascoët étudie la troménie de Landeleau pour son mémoire de maîtrise d'ethnologie. Aujourd'hui il évoque pour nous l'arbre le plus cher aux landeleausiens.
Le chêne de St Telo a toujours été appelé ainsi de mémoire de landeleausien, d'ailleurs l'endroit est nommé à juste titre Véen Sant Telo.

C'est à Anatole Le Braz, de passage à Landeleau en 1892, que nous devons la première retranscription de la légende locale de St Telo, recueillie auprès de Mme Françoise Hourmant née Le Borgne: "Ayant bâti une église il chercha à se tailler dans le pays une paroisse... Comme il passait cette nuit-Ià à Castel-Gall, les gens de ce manoir lâchèrent le chien sur lui en l'excitant. Il dut sauter dans un arbre de chêne qui est resté là jusqu'à ces derniers temps. Dernièrement encore, quand on faisait la procession des reliques, la procession s'arrêtait là, et on y faisait un sermon. Le chêne s'appelait l'arbre de saint Théleau. Et les pèlerins enlevaient chaque fois un morceau de l'arbre, en sorte que le chêne s'est dispersé ici. On disait que cela préservait du feu. On voulut abattre l'arbre, dans un temps ancien. Mais il en jaillit du sang au premier coup de hache. Et on dut laisser le chêne mourir de vieillesse et s'effriter entre les doigts des pèlerins." La légende nous apprend que le chêne originel serait mort de vieillesse, ce qui laisse supposer que le chêne actuel ne serait que son successeur, et peut-être son rejeton; ne dit-on pas d'ailleurs que le chêne va par deux, un pour remplacer l'autre! Le chêne actuel, malgré son diamètre important ne serait âgé que de deux ou trois siècles environ (seul un carottage nous préciserait exactement son âge).

Sa principale qualité, en dehors d'avoir servi de refuge à St Telo, est d'offrir son écorce aux pèlerins le jour de la troménie. Autrefois elle était censée protéger contre le feu, aujourd'hui on l'arrache pour bénéficier par son intermédiaire, de la protection du saint patron ou encore pour réussir aux examens. Le plus remarquable est l'adhésion des troménieurs les plus dévots quant aux qualités "extraordinaires" de l'arbre, ces derniers sont mêmes désolés de l'irrespect de la majorité des écorceurs. De ce fait quelques personnes plus respectueuses attendent le lendemain pour ramasser une branche tombée à terre, afin de ne pas profaner la sacralité de l'arbre.

L'arrachage d'écorce à des fins de protection est très rare, Paul Sébillot relève en Haute-Bretagne plusieurs récits prêtant, à l'écorce de chênes antiques, des vertus curatives contre les fièvres. Ce dernier signale l'intervention systématique du clergé dans la christianisation de ces arbres "sacrés" pour; je cite: "détourner les fidèles de cette idolâtrie" :
"Près du village de Mont-Fromerie, en la Chapelle- Janson, l'on voyait encore, if y a peu d'années, un chêne d'une très grande vieillesse, à en juger par sa tête chauve et le volume de son tronc entièrement creux, il était connu sous le nom de Chêne des Prières, et l'on y venait de fort loin en pèlerinage, pour tâcher de retrouvrer la santé. Il était surtout réputé pour guérir les fièvres. Pour cela il suffisait de lui enlever un petit morceau de son écorce rugueuse, et, après y avoir tracé une croix, y faire dévotement une prière. Il est enfin tombé de vétusté. ..Sur le Tertre-Alix, près du bois de Monthorin en Louvigné-du- Désert, est un petit oratoire qu'ombrage un chêne séculaire, en vénération pour guérir les fièvres. Pour cela il suffit de prendre un morceau de son écorce. Aussi, se trouve-t-elle constamment couverte de ces sortes de mutilations.
Dans la commune de Saint-Pern, près Bécherel (Ille-et-Vilaine), il existe, non loin des ruines du château de Ligouyer un arbre antique qui attire les jeunes filles, auxquelles le seul contact de son écorce a la vertu de procurer des maris.

Le père P.Y. Castel ne connaît aucun arbre dans toute la Basse-Bretagne comparable au chêne de St Telo ; soit un arbre "sacré" lié au saint fondateur de la paroisse ne comportant aucune statue tout en étant une station importante de troménie.
C'est cette dernière constatation qui m'amène à m'interroger sur la place du chêne au sein de la communauté. Ce dernier n'a jamais connu d'oratoire ou de statue, "l'autel" actuel n'est juste qu'une récente élévation maçonnée succédant à un reposoir de pierres sèches. La légende locale valide la sacralité de l'arbre en l'associant aux prouesses du saint homme ceci permettant au chêne d'entrer dans l'ère chrétienne sans outrage. A cet effet il faut rappeler que le passage de la religion druidique au christianisme, dans la zone celtique s'est fait de manière syncrétique, sans qu'il y ait eu à déplorer le moindre martyr: L'hypothèse d'une vénération ancestrale de l'arbre sacré de la communauté vient assez vite à l'esprit lorsqu'on est un peu familiarisé avec les conceptions religieuses celtiques.
Cette vénération contemporaine n'est pas l'apanage unique des catholiques pratiquants, de nombreux laïques se prêtent au jeu de l'écorçage.
Je ne connais pas un landeleausien qui ne conserve chez lui un morceau d'écorce du chêne. A Landeleau, personne ne souhaite voir disparaître l'arbre vénérable, il véhicule quelque chose de rassurant.
Par son âge il est le témoin multiséculaire de l'histoire locale, et c'est par cela qu'il devient le lien sacré et symbolique de la communauté landeleausienne avec son passé. La légende le lie intimement à la fondation de la paroisse, mais malgré sa très grande popularité il reste oublié l'année durant, jusqu'à la troménie suivante.
Ces quelques lignes sont là pour témoigner de l'existence d'un des plus vieux habitants de la commune, il a servi de refuge à St Telo aux temps anciens, aujourd'hui encore on vient tui "arracher" sa protection. Il offre beaucoup à chaque troménie, aussi nécessite-t-il plus de considération de la part de fa communauté, tout au long de J'année.
Et comme dit le poète Youenn Gwernig :
Je me souviens toujours du chêne
Qui m'abrita un jour
Je ne peux oublier ce chêne
Qui nourrit mon rêve.

Joël Hascoët
 
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Histoire de la Paroisse de Landeleau
L'église actuelle, construite en 1896, n'est pas la première de Landeleau. Dans les registres paroissiaux nous pouvons découvrir une longue histoire depuis l'époque du duché de Bretagne.

L'évêque Hervé de Landeleau

La paroisse de Landeleau est l'une des plus anciennes de la Cornouaille des Monts.
En 1220, l’évêque Renaud donne au chapitre de Quimper les églises de Scaër et de Landeleau, cette dernière est mentionnée dans le cartulaire de 1267 sous le nom de Landeleou. Un mémoire du chapitre attribue la fondation de la paroisse à Hervé Landeleau, évêque de Cornouaille de 1245 à 1261, natif du bourg, soit qu'il en fût le premier titulaire, soit que, comme seigneur de la paroisse, ce fut lui qui la dota du moulin dont était tiré le plus clair du revenu. l'évêque Hervé Landeleau est enterré dans le choeur de la cathédrale Saint-Corentin sous une dalle d'airain.
Les écrits de l'époque ne parlent pas de l'église. Il faut attendre 1531 pour lire les attendus d'une enquête menée devant l' Official de Cornouaille dont l'objet est précisément de déterminer qui est le seigneur principal de l'église de Landeleau, entre les demandeurs, d'une part Jehan du Chastel, seigneur de Mezle, Chateaugal, La Roche-Droniou et autres lieux et d'autre part, Guillaume et Richard de Coatenelre, seigneurs du Grannec et de Pratmaria.
Jehan du Chastel, reconnu seigneur principal de l'église et de la paroisse, est finalement autorisé à placer ses armes et ses armoiries dans la vitre majeure de l'église auprès de celles du roi de France et du duc de Bretagne. Il obtient également le droit de posséder un banc, une tombe dans le côté droit du choeur; de recevoir le premier morceau de pain béni. Nous savons que Jehan du Chastel habitait dans la seigneurie de Chateaugal vers 1530.
Si nous ne connaissons pas la date de la construction de la première église, la date de 1560, inscrite au portail méridional sur un cartouche tenu par un angelot, Iaisse à penser que l'édifice a été reconstruit au XVle siècle. Sa surface au sol correspondait à celle de l'église actuelle. Au pignon oriental, on trouvait deux verrières aux armoiries des Du Chastel avec leurs alliances, à l'intérieur un maître autel, un autel du Rosaire, des fonts baptismaux, plusieurs tombes dont l'une en forme de châsse avec l'écu des Du Chastel et le collier en or de l'Ordre de Saint-Michel. L'une des tombes était orné du gisant en kersanton du marquis de Mezle, Auffray du Chastel, seigneur de Chateaugal, représenté en costume militaire. (Ce monument a été mutilé à la Révolution, des débris déposés au pied de la croix du cimetière. Le gisant est aujourd'hui au musée départemental à Quimper. Les restes d'armoiries qui décoraient le socle du tombeau sont visibles dans le mur extérieur de l'église d'aujourd'hui). En 1629, il est question de démolir le pignon oriental pour le reconstruire.

Loti comme les cloches de Landeleau

Le 5 novembre 1684, un marché est passé entre la fabrique et Pierre Symon, maître-sculpteur à Cléder: pour un retable à l'image de saint Théleau. Ce dernier est représenté par une belle statue polychrome, en chape et mitre, à cheval sur un cerf à forte ramure.
En 1716, les travaux de couverture de l'église sont entrepris, mais dès le 18 janvier les ouvriers menacent de cesser le travail si leurs salaires ne sont pas verses. Devant cette "grève", l'évêque ordonne de déplacer le Saint Sacrement dans la chapelle de Saint-Maudez, située dans le cimetière. Le conseil de fabrique vote une dépense de 600 francs pour ce transfert.
En 1717, une dépense de 565 livres est engagée pour réparer le mur autour de la fenêtre du Rosaire.
Le 5 février 1719, le seigneur de Chateaugal autorise le recteur Jacques Le Mée à faire déplacer un enfeu (niche funéraire) lui appartenant et à le mettre à une hauteur proche de la muraille, du côté de l'Epître.
Le 4 décembre, la nécessité se fait jour de bâtir une tour pour y mettre les cloches, projet entériné par une délibération du 20janvier 1720, François Favennec de Pleyben doit fournir les plans de la tour.
Le 2 décembre 1726, le marché est passé entre la fabrique et Louis Salaun, maître architecte à Pleyben. La délibération n'ayant pas été réitérée, le 25 mars 1727 , le marché est considéré comme nul, il est validé le 30 mars. Le clocher fera 45 pieds de hauteur; les paroissiens se répartissent les charrois. Le 25 avril 1728, les travaux sont interrompus suite à la maladie de Louis Salaun et le 14 mai 1730, le conseil de fabrique décide d'ajouter cinq pieds à la hauteur du clocher qui abrite une grosse cloche portant la date de 1616.
Le 12 mai 1748, l'assemblée ordonne la démolition de la chapelle de Saint-Maudez pour cause de ruine, elle abritait le sarcophage de Saint Théleau dit "gwele sant Telo", ce dernier est mis dans l'église.
En 1786, il faut à nouveau reconstruire le clocher. Pendant les travaux, les cloches sont suspendues aux arbres du cimetière, d'où est parti le proverbe bien charitable "loti comme les cloches de Landeleau" !
L'église est une nouvelle fois restaurée en 1810. Elle passe une bonne soixantaine d'années sans trop faire parler d'elle puis le 4 juin 1885, les architectes Bigot et Boyer constatent le mauvais état de l'église, l'affaissement de la tour; les infiltrations d'eau à l'intérieur de l'édifice. L'église est en partie interdite au public.

Le 10 septembre 1889, l'entrepreneur Le Morvan cintre et étaye les deux premières travées de la nef, le projet de démolir l'église est à "ordre du jour. Commence alors une longue série de tractations qui aboutissent à la construction de l'église actuelle en 1896 mais ceci est une autre histoire. Le premier coup de pioche des démolisseurs est donné le 3 février 1895. (A suivre).

Claudine Le Biavant.
 
dernière mise à jour
2017-10-19
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